Metaphor: ReFantazio 2/2 L'inéchappable conservatisme de l'héroic fantasy

Publié le par Rondelle

Bonjour. Cet article est la deuxième partie d'un diptyque critique sur Metaphor: ReFantazio. Vous pouvez retrouver la première partie directement ici : https://le-blog-sans-nom.over-blog.fr/2025/01/metaphor-refantazio-1/2-critique-globale.html
Je vous recommande de prendre le temps de la lire avant d'entamer la lecture de ce présent article. Celle-ci revient en effet sur une critique plus globale du jeu en termes de gameplay, graphique, musique, etc... Dans cette présente partie, nous allons traiter uniquement de tout ce qui concerne le scénario, les personnages et le design de certains, les messages délivrés par le jeu et de manière générale de POLITIQUE. En disclaimer/préambule, je suis quelqu'un d'orienté politiquement à gauche : ce qui veut dire que cela sera forcément mon angle d'approche pour analyser l’œuvre dans ce qu'elle propose. Je tiens à rappeler également que l'Art est Politique, toujours, tout le temps, partout. C'est aussi la première fois que je fais une analyse politique un peu poussée d'une œuvre de fiction par écrit et il est fort possible que j’écrive des bêtises par moment. Je reste ouvert à la discussion et aux remarques dans les commentaires, que je me ferais un plaisir de lire.
Bonne lecture.

Avertissements spoilers : je vais dans le présent article traité de l'entièreté du jeu Metaphor: ReFantazio et donc révélez les moindres détails de son scénario. Ce jeu, comme les précédents Persona sur lesquels ont travaillé les équipes, fonctionne beaucoup sur les twists et révélations de manière générale. Aussi, je vous conseille de d'abord faire le jeu (ou de regarder un let's play) avant de lire le présent article. Afin d'appuyer certains de mes propos, je ferais par moment des références/comparaisons avec leurs précédents jeux et je parlerais notamment de : Persona 3 (incluant la fin), Persona 4, Persona 5 Royal (incluant la fin) et Catherine Full Body (incluant des spoils majeurs sur une des trois Catherine et un personnage secondaire) Merci de votre compréhension.

Il est temps de commencer notre critique en Euchronie.

On va donc commencer par parler de l'histoire du jeu dans une certaine globalité et ce que celui-ci essaye de raconter, afin d'aller parler la suite plus en détails sur... plein de choses. Plein, plein, plein de choses. Je m'excuse par avance, cet article risque de s'annoncer long et peut-être un peu décousu; je vais faire au mieux pour que ça ne soit pas le cas. Donc, Metaphor: ReFantazio nous parle d'un monde d'heroic fantasy, dans la contrée fictive d'Euchronie, où vit 9 tribus différentes avec chacune leurs spécificités :
- Les Clémars avec leurs cornes sur la tête
- Les Lusantes avec leurs longues oreilles d'elfes
- Les Rhoags avec leurs cheveux blancs et leur longue espérance de vie
- Les Ishkias avec leurs ailes blanches
- Les Nidias avec leurs couleurs de cheveux et de yeux spécifiques
- Les Paripus avec leurs oreilles d'animaux et leurs queues (chat, lapin, chien, etc...)
- Les Mustaris avec leur troisième œil
- Les Eugiefs avec leurs aspects de chauve-souris et leur petite taille
- Les Eldas qui n'ont aucune caractéristique des autres tribus.
En plus de ces tribus, il existe également des fée qui semblent immortelles et assez déconnecté de tout de manière générale (Gallica étant une exception), des Sang-Mêlés, individus issues de plusieurs tribus à la fois, et bien évidemment les terribles Humains, les ennemis du jeu. 

La première chose qui est évidente et dont veut parler le jeu dès sa toute première minute, c'est bien évidemment le racisme. C'est un thème filé tout du long de l'histoire et dont le jeu veut se montrer critique à de très nombreuses occasions, de manière directe ou indirecte. Ainsi, on apprend très vite que la société fonctionne en strate sociale, où certaines tribus ont plus de pouvoir que d'autres et sont mieux acceptés. Ainsi, les Clémars et les Rhoags semblent vraiment diriger le pays, tandis que les Lusantes et Ishkias sont également très bien vu de manière générale. Les Nidias sont traités avec suspicions, les Paripus sont exploités et abusés en masse, les Mustaris sont dédaignés parce que religieusement différent du culte majoritaire du pays et les Eugiefs sont vu avec dégoûts (et ces derniers se sont majoritairement exclus de la société pour cette raison) Les Eldas sont supposés être tout en bas de l'échelle sociale et la religion principale (Le Sanctisme) les discrimine ouvertement. Les Sang-Mêlés sont également considérés avec dédain par quasiment tout le monde et les fées sont pour la majorité des gens juste un mythe. 

Et soyons honnête, dans la grande majorité du jeu, le racisme est très bien dépeint. Tout le long de l'aventure, outre les insultes dont nous sommes souvent la cible de par notre condition d'Elda, on peut voir les différentes relations sociales présentent tout le long en être le parfait exemple. Ainsi, le jeu nous montre sans détour que les Paripus ont été exploités en masse dans le cadre d'expérience "magique" et que cela a eu des conséquences très direct, avec notamment la grande taille et la force de Basilio ou au contraire la taille d'enfant de Fidelio, tout deux profondément affectés dans leur corps par ses expériences. Cela justifie très bien leur manière de penser et leur volonté de suivre Louis dans ses ambitions. Tout l'arc de Basilio sera notamment de le voir retrouver un ami d'enfance à lui qui a subi les mêmes expériences et qui en devient petit à petit fou, jusqu'à ne nous laisser plus aucun autre choix que de le tuer. Et le jeu est très clair sur le fait qu'il ne s'agit pas de petites expériences isolées mais d'un système global qui a touché un énorme nombre de Paripus, puisque c'est en expérimentant sur eux que les catalyseurs ont été développés.

Et le jeu a la très bonne idée de montrer l'ancrage de ces stéréotypes, avec plusieurs occasions où nos compagnons de route font, eux aussi, preuve de racisme.

Mais, et c'est une chose qui m'a assez marqué lors de toute l'aventure, c'est que ça serait presque un racisme "de vitrine". Je mets d'énormes guillemets parce que je suis un homme blanc, donc n'ayant jamais connu le racisme directement (et non, pour les trois tocards du fonds, le racisme anti-blanc, ça n'existe pas, merci) et que j'aborde cette question avec humilité. Le jeu est rempli de racisme, on le voit, on l'entend, tous les personnages secondaires ont été marqués par ce dernier et celui-ci est au cœur de beaucoup des quêtes secondaires du jeu. Toute la société d'Euchronie semble structurer autour. Et pourtant, bah, on ne le vit pas beaucoup durant tout le jeu. En effet, notre personnage principal est un Elda, une tribu fortement discriminée, notamment par le Sanctisme qui est la religion d'état et la principale foi dans ce monde, donc partagez par un très grand nombre d'individus. Les Elda ont notamment été massacrés et presque génocidés par le passé en raison des intrigues politiques de Forden, qui voyait d'un mauvais œil la relation entre Hythlodaeus V et la reine Elda et la naissance du prince qui était donc un Elda. À la fois et par racisme de par sa foi, et par calcul politique pour affaiblir le roi et gagner du pouvoir.

Cela étant arrivé en plus il y a à minima 10 ou 20 ans dans le passé, les Elda restants ont quasiment disparu du monde et se sont terrés dans les tréfonds de leur sanctuaire; de fait, les gens ne devraient pas avoir l'habitude d'en croiser et donc être d'autant plus influencer par les préjugés sur cette tribu (on le sait, dans le monde réel de la réalité véritable, c'est l'absence de contact avec des populations étrangères qui favorisent le plus la montée du racisme et des préjugés racistes) À partir de là, on pourrait donc s'imaginer voyager dans un monde qui nous est particulièrement hostile. Or, si effectivement les gens sont souvent surpris de nous voir et n'hésite pas à nous tartiner en permanence d'insultes, c'est à peu près tout ? Et attention, je ne veux pas remettre en question la violence que constitue des insultes racistes et tout ce que cela peut entraîner pour un individu, mais c'est presque "léger" comme racisme.

J'ai ainsi été assez gêné/surpris que cela n'est pas plus d'incidence ni sur l'histoire dans sa globalité, ni sur pleins de petits détails ou sur le gameplay de manière générale. Ainsi, dans la course pour accéder à la couronne, il n'y aura aucune opposition ou difficulté à rejoindre la compétition de par notre statut d'Elda, pas plus que cela provoquera de difficulté de voyage, de rencontres ou de logement dans les différentes villes (les problèmes de logement seront souvent plus dus au fait que nous arrivons tard dans les villes en question et que les auberges sont quasiment toute pleine à chaque fois) Pire, durant tout le jeu, on obtient des pièces d'équipement à faire identifier, ce qui est possible dans... une église sanctiste. Imaginerait-on un jeu où l'on joue un personnage noir qui doit régulièrement se rendre dans un lieu de rassemblement du KKK pour une fonction essentielle de son gameplay, et sans que cela ne pose aucun problème, jamais ? Tout au plus, on se fait insulter par les gens qui prient lorsqu'on s'y rend, mais c'est, encore une fois, tout. Ce choix est très bizarre dans le sens où il aurait tout simplement possible de faire ça ailleurs. Et pareillement, dans tout le jeu, aucune boutique ne nous sera jamais fermée, à part une seule fois parce que ça se débloque avec une quête secondaire (mais soi-dit en passant, c'est la boutique la plus inutile du jeu, parce que vendant uniquement des catalyseurs ultra cher donc pas intéressant face aux Archétypes et où je n'ai jamais rien acheté sur mes deux parties) Encore une fois, on aurait pu facilement imaginer que les boutiques des villes que l'on explore dans le jeu nous soient d'abord interdite d'accès, et que leur accès ne se débloque qu'après que la population nous accepte suite à nos actions (ou qu'elles ne se débloquent jamais) Étant donné que l'on peut se téléporter dès la sortie de la capitale et y revenir n'importe quand, il suffisait juste d'aller faire ses courses dans la capitale à ce moment-là.

Si le terme n'était pas depuis quelque temps tombés en désuétude, j'aurais presque était tenté de parler de Dissonance Ludo-Narrative1.

C'est, dans tout le jeu, l'unique fois où un lieu nous est interdit ouvertement par racisme.

Un autre point que je voudrais aborder sur le racisme et sa représentation dans Metaphor, c'est la question des Nidias. Tribu assez peu présente dans le jeu (Il n'y en a que trois d'importants : Junah qui fait parti de notre équipe, Alonzo qui est un des liens sociaux et... Jin, l'un des autres prétendants au trône - et j'avoue, j'ai du checké un wiki parce que je l'avais complètement oublié) Ceux-ci, comme dit au début de l'article, sont caractérisés par leurs grandes pupilles et leurs cheveux colorés. On en apprend un peu plus lorsque l'on fait progresser la relation sociale avec Junah, et l'on apprend notamment la chose suivante sur les préjugés qui les accompagnent :

Jusque-là, on pourrait se dire, oui, en effet. Ça ressemble à des préjugés racistes classiques que l'on pourrait trouver sur n'importe quel type de population. Sauf qu'après, il se passe ça (alors, en vérité, on a cette révélation plus tôt dans le lien social avec elle, mais c'est là le moment où elle s'explique avec nous) :

Bon, je ne ferais aucun commentaire sur le fait d'avoir une tribu constituée intégralement de loli et de shota, je suis dans la japanime depuis beaucoup trop longtemps pour ne pas être surpris et en même temps être très inquiété de ce que les gens peuvent en faire. Mais surtout, on rentre dans l'un des problèmes majeurs de Metaphor: ReFantazio et de manière générale, dans la volonté de vouloir traiter la question du racisme dans un monde de fantaisie, avec, bah, des vrais races. Je ne vous ferais pas un cours complet sur la création de la fantaisie moderne par Tolkien et tout les problèmes qui sont venus avec, parce que sinon cet article quadruplerait de longueur, et parce que ce n'est pas nécessairement pertinent. Mais il faut rappeler que Tolkien, certes conservateur politiquement mais très loin de l'extrême-droite et des mouvements racistes, a créé son œuvre au sein de la société anglaise coloniale, puissamment imprégnée d'idée et de fonctionnement racistes. De fait, même si cela n'a jamais été son intention première, la simple idée de race, avec les différences essentialistes de chacune et le fait d'avoir des races supérieures et inférieures (ainsi que des bonnes et des mauvaises par nature) ne peut naître que d'idée raciste (parce que rappelons-le encore une fois pour les trois du fond, les races biologiques n'existent pas chez l'homme, pas plus qu'elles n'existent chez les chiens ou les chats par exemple - la race est une construction strictement sociale, née de la traite négrière et qui a été nécessaire pour la justifier à posteriori et la maintenir2)

Mais du coup, le ver était dans le fruit depuis le début. Et ainsi, même sans aucune volonté raciste ni de Tolkien, ni des auteurs qui ont pu suivre, le genre a toujours baladé avec lui une certaine dose de racisme intrinsèque. Et ainsi, si les individus qui manipulent ces idées-là ne le font pas avec un minimum de conscience de ce racisme interne et de réflexion politique sur la question, cela créait toujours des dérapages. Un des exemples les plus connus est par exemple J. K. Rowlings, l'autrice d'extrême-droite et contre les droits des personnes trans, qui a repris les races de fantasy classique à la Tolkien dans son univers d'Harry Potter sans y réfléchir plus que ça et a démontré un antisémitisme sévère dans la race des gobelins3. De la même manière dans Metaphor, on se retrouve là avec une race accusée d'un trait particulier, qui serait notamment de mentir et cacher leur vrai visage, avant de nous révéler que : bah, c'est vrai, ils sont vraiment comme ça. Les gens ont raison de se méfier d'eux après tout. Si bien évidemment, ce n'est pas ce que veut dire le jeu, bien au contraire, c'est le message qu'il fait passer, bon gré mal gré. 

Dans le monde réel de la réalité véritable, il y a effectivement des préjugés essentialisants, et donc racistes, de tout type envers plein de catégories différentes (les noirs sont des fainéants, les arabes sont des voleurs, etc...), mais ce n'est que ça : des préjugés racistes. Aucun ne résiste jamais à l'épreuve du réel, parce qu'encore une fois, les races biologiques n'existent pas dans notre monde et nous sommes bien plus affectés par notre milieu socio-culturel que par nos origines biologiques (et je trouve même un peu hilarant que les gens qui ont essayé de prouver le racisme par la science sont les mêmes personnes qui ont fini par créer involontairement le pire cauchemar des gens de droite : la sociologie) Mais dans un monde où les races existent réellement ? Les préjugés ont une justification réelle. Et en voulant dénoncer le racisme de ces préjugés, le jeu fini par se prendre les pieds dans le plat et d'involontairement justifier le racisme qui existe dans ce monde.

J'aimerais bien répondre que c'est dur, mais le jeu ne m'aide vraiment pas à le penser...

Bon, on a pas mal parlé du thème principal que veut traitez le jeu et on a encore beaucoup de choses à voir, mais avant cela, j'aimerais me pencher un peu plus sur l'histoire du jeu. On va voir ce qui s'y passe et justifiez pourquoi j'ai appelé cet article "L'inéchappable conservatisme de l'héroic fantasy". Parce que y'a un paquet de trucs à dire là-dessus.

Pour commencer, je ne sais pas vous, mais perso, j'ai eu un énorme malaise durant tout le jeu. On part à l'aventure dans le but de sauver le prince du royaume et de le remettre sur le trône suite à l'assassinat du roi. Et en vrai, pendant quasi tout le jeu jusqu'à la révélation que Will est le prince (enfin, la version idéalisée de lui-même, jouez au jeu avant de lire cet article, bon sang), je ne pouvais pas m'empêcher de me demander : pourquoi ? On nous dit assez tôt que le prince avait échappé de peu à une tentative d'assassinat il y a une dizaine d'années et qu'il était en cavale/caché depuis. Jusque-là okay. Sauf qu'on apprend assez vite qu'il souffre depuis d'une malédiction qui le tue à petit feu et qui l'a plongé dans un coma magique depuis... bah, on ne sait pas trop. Le jeu est très peu clair sur la durée qui s'est écoulée entre tous les événements et maintien volontairement le flou là-dessus, mais de l'impression que j'ai eu, le prince est dans son coma magique depuis bien dix ans. Dix ans qu'il n'a donc pas grandit intellectuellement, rien vu du monde, n'y connais rien et défend juste une vision idéalisée qu'il a lu dans son bouquin favori (écrit par le paternel, mais on reviendra aussi là-dessus) Donc, en admettant que le plan des héros fonctionne et qu'ils sauvent le prince de sa malédiction, à quel moment exactement ils espèrent qu'il sera effectivement capable de régner de manière efficace sur le royaume ? Et pourtant, tout le monde est complètement à fond dans le plan, ne voyons aucun problème là-dessus parce que "c'est le prince, donc l'héritier légitime du trône et qu'il faut lui donner". C'est tout. Ni plus, ni moins.

Et ne parlant pas de la fin, où, bien évidemment, on devient roi et la conclusion est "Bon, au final, tout ce processus pour que ça soit le prince qui remporte le trône. Tout est bien qui finit bien dis donc, hahaha" (vrai dialogue du jeu, à peu près) Et au final, c'est assez normal pour ce genre de récit en vérité. Quand je parle de l'inéchappable conservatisme de l'héroic fantasy, je parle en réalité du modèle des mondes d'héroic fantasy. On l'a déjà vu avec le concept des races qui a été popularisé par Tolkien avec le monde du Seigneur des Anneaux et qui venaient de la conception raciste qui existait à l'époque en Angleterre et dans tout l'Occident de manière générale, l'héroic fantasy ou même la fantasy moderne, ça ne vient pas de nul part. Très souvent, ça s'inspire de quelque chose de très précis : le Moyen-âge européen. Ou plus exactement, l'idée qu'on se fait communément du Moyen-âge européen, plus vers la période des châteaux-forts (grosso modo à partir du XI-XIIème siècle jusqu'au XVème siècle) et plus vers l'Europe de l'Ouest. Et cette idée est loin, très loin d'être neutre dans sa nature.

Fidelio qui pose les termes.

Lorsque Ursula K. Le Guin écrit sa grande saga de fantasy qu'est Terremer, elle le fait sur le moment avec peu de réflexion politique dans sa création (sur les premiers tomes) Si son œuvre surprend par le fait que la quasi-totalité des personnages sont noirs, se basant sur ses connaissances en anthropologie venant de son père et que les blancs ont été, en vérité, quasi toujours une minorité dans l'histoire de l'humanité, elle reste très classique sur tout le reste. Notamment, celle-ci écrit un monde d'héroic fantasy : elle reprend donc ces idées sur le Moyen-âge et créait, naturellement, on pourrait dire, un monde dirigé par les hommes, avec des rois qui dirigent des royaumes et des systèmes plus ou moins féodaux. Il lui faudra des dizaines d'années avant de revenir dans son univers de Terremer et d'en faire, et la critique et l'explication, dans ses romans et nouvelles suivants. Ainsi, même l'une des autrices les plus à gauche et critique n'échappe pas facilement à ces conceptions-là.

Lorsque Final Fantasy XVI, le dernier de la licence s'apprête à sortir et que des voix s'élèvent notamment sur le manque de diversité dans le casting des personnages montrés, Naoki Yoshida répond lors d'une interview pour IGN que : "Dès les premières étapes du développement, notre concept a toujours mis en avant l'Europe médiévale, en intégrant les critères historiques, culturels, politiques et anthropologiques qui prévalaient à l'époque [...] En raison des contraintes géographiques, technologiques et géopolitiques sous-jacentes à ce cadre, Valisthea n'aurait jamais pu être aussi diversifiée que la Terre d'aujourd'hui... ou même Final Fantasy XIV, qui dispose d'une planète (et d'une lune) pleine de nations, de races et de cultures." Ce qui, je trouve, en révèle énormément sur l'image collective que nous avons de cette période. Ainsi, et je pense que c'est l'une des plus grandes victoires de l'extrême-droite et des fascistes, il s'est créé dans l'imaginaire collectif l'idée que le Moyen-âge est déjà associé principalement à l'Europe de l'Ouest du XII au XVème siècle, mais que c'était un endroit en général coupé du reste du monde et exclusivement blanc. C'est rigoureusement faux bien évidemment4

Cette approche qui berce nos imaginaires collectifs depuis si longtemps est profondément ancré en nous, et donc forcément, dans les récits que nous créons. Pourquoi il y a-t-il un roi et que tout va bien quand la lignée royale est préservée à la tête du royaume de père en fils ? Tout simplement parce que c'est ainsi que nous pensons le fonctionnement du Moyen-âge et si ça fonctionnait comme cela à l'époque, aucune raison de faire différemment. C'est pour ça que le jeu défend autant la monarchie, pour ça que quasi tous les gens de pouvoir montré dans le jeu sont des hommes (La seule femme montrée, Joanna, est forcément folle et coupable de massacre d'enfants dans une sous-intrigue particulièrement peu inspirée) et que nous sommes un prince appelé à monter sur le trône. Les seules femmes qui auront des positions de pouvoir dans le jeu ne l'obtiendront qu'à la fin de celui-ci, une fois que nous serons arrivés au pouvoir et mis en place une société plus égalitaire (alors que bien évidemment, les femmes avaient une place importante au Moyen-âge dans tout type d'instance de pouvoir et qu'elles ont surtout vu une diminution de leur pouvoir et importance avec l'arrivé des chasses aux sorcières puis de la Renaissance5)

Une vision in fine très personnel d'Hashino sur la population en général.

Et cela va plus loin. Lors de notre aventure, au fur et à mesure qu'on voyage dans le royaume, on rencontre beaucoup de monde. L'un de trucs qui m'avait marqué lors de l'aventure est qu'il y a des dialogues où les pnj nous disent notamment que depuis que le visage du roi est apparu dans le ciel et que la sélection à démarré, ceux-ci ont commencé à parler de politique. Là, encore, ça rejoint cette vision fausse du Moyen-âge, où la politique n'existerait pas ou en tout cas pas dans la société dans son ensemble, vu que cela n'était qu'une affaire de noble. C'est bien évidemment faux. Les gens se sont toujours intéressés et mêlées de politique. Cela avait certes des fonctionnements différents suivant les époques, mais les gens ne suivaient pas bêtement les différents nobles durant toute la période du Moyen-âge. Mais de manière plus intéressante, je trouve que cela reflète surtout les opinions plus personnelles de Katsura Hashino.

Dans Persona 3, déjà, on trouvait une critique des "masses" dans l'existence même de Nyx, qui amenait la fin du monde tout simplement parce que c'était ce que désiraient les gens, au plus profond d'eux-mêmes. Qu'ils refusaient les difficultés du monde et voulaient mettre fin à tout. In fine, on empêchait la fin du monde, mais c'était le désir de certains (dans ce cas-là, le SEES) opposés au désir de la masse. Dans Persona 5, la même logique s'appliquait. La masse était stupide et suivait ce qu'on leur disait sans réfléchir plus que ça. Le jeu allait même un poil plus loin en disant que les gens vraiment libres qui suivent leur ego, tel que les Phantom Thiefs ou les antagonistes que l'on affronte dans le jeu, sont des anomalies dans le système. On le voit notamment bien lorsque l'on arrive à la fin du jeu dans la dernière partie du Mementos et où Shido nous dit que c'est bien mieux que ceux-ci soient retournés avec les autres habitants dans les cages au fond du Mementos.

Ainsi, dans Metaphor: ReFantazio, on trouve de nouveau cette idée de masse suivant les leaders, sans grande réaction de leur part. Quelque chose qui m'a pas mal étonné durant le jeu, était que Louis commet constamment des actes horribles et immoraux et que cela n'affecte jamais, au grand jamais, sa popularité. A titre de comparaison, c'était notamment l'une des grandes forces de Game of Thrones. La série, bien que centrée sur les intrigues de cour et les différentes noblesses, n'oubliait jamais les différents peuples, qui eux-mêmes ne restaient jamais de marbre face à tout ce que ceux-ci pouvaient faire pour obtenir ou conserver le pouvoir. C'est justement l'un des aspects ayant le plus disparu dans la dernière partie de la série TV, après avoir dépassé le stade des livres déjà écrits et qui est l'une des plus grosses baisses dans la qualité de la série6. Si effectivement le jeu veut montrer un changement de système politique (ce qui n'est d'ailleurs pas le cas, parce qu'encore une fois, le prince devient roi et tout va pour le mieux dans la meilleure des monarchies) et donc montrer les réactions du peuple à ce changement, il le fait de manière assez étrange et, soyons honnête, assez méprisante pour les gens de manière générale. Mais en parlant de message politique d'ailleurs.

Rudolf, le suprémaciste Lusant, est peu ou prou la personnalité politique la plus réaliste du jeu...

Encore une fois, je tiens à rappeler que le thème principal du jeu est la politique. Son intrigue principale est une gigantesque élection pour désigner un successeur au roi venant de mourir et sans héritier : le prince étant assumé mort au début du jeu par l'ensemble de la population, et surprenamment, également pour le roi. Les gens qui ont sauvé la vie du prince suite à sa tentative d'assassinat n'ont jamais, à aucun moment, prévenu le roi que son fils avait survécu (sigh) Mais passons. Donc, le jeu fait de la politique son élément central et pourtant, en parle finalement assez peu. 

Cela commence déjà par Will et nos compagnons : le but affiché est celui de remettre le prince sur le trône. Et cela restera l'objectif tout le long du jeu. Certes, ceux-ci verront les dysfonctionnements dans le royaume et voudront améliorer les choses sur la fin, mais sans jamais vraiment expliquer comment. C'est parce que victime de racisme, de par sa condition d'Elda et de Sang-mêlé, que le Prince veut une société plus égalitaire (représentée notamment par le fait que toutes les tribus se trouvent dans notre équipe) Là où son père était acculé et seul au sommet du pouvoir, celui-ci a un grand nombre de conseillers à la fin du jeu et prend le temps de discuter avec les gens. Ce qui est très bien, mais encore une fois, ce n'est pas un programme politique, ni une orientation, si ce n'est vaguement progressif parce qu'en faveur de plus d'égalités. Et en vérité, ça fait sens : le jeu se veut grand public et doit donc pouvoir parler au plus de gens différents. Notre héros assume donc des vagues postures morales, parce que généralement admisses comme positives par les gens (à l'exception des fascistes, personne n'est par principe opposé à l'égalité entre les peuples ou les sexes, à plus de justice, etc...) mais sans pour autant avoir des vraies postures sociales. Difficile de complètement lui jeter la pierre tout de moins, les JRPG de manière générale ne font que peu de sens d'un fonctionnement réel d'une société. D'où vient toute la nourriture du royaume d'Euchronie par exemple ? Combien il y a-t-il d'habitants ? Des questions qui révèlent vite les limites du genre sur ce genre de chose et ce qui est somme tout normal : en règle général, un JRPG n'est pas là pour parler de politique, mais raconter un récit plus ou moins épique. C'est juste qu'en décidant de faire la politique le centre de tout un jeu, cela amène des questions que l'on ne se poserait jamais, disons, dans un Final Fantasy par exemple.

L'une des conséquences de cette absence d'idée politique (en-dehors du désir de restaurer la royauté parce que c'est juste et naturel) fait que le reste des personnages du jeu n'ont que peu d'idées politiques eux-mêmes. Forden est un conservateur, chef de l'église Sanctiste et qui veut maintenir la situation actuelle. Louis est un fasciste fou, motivé par sa volonté de vengeance suite au massacre de la tribu Elda et qui veut instaurer une société eugéniste où seul la loi du plus fort compterait. Les autres prétendants au trône important sont tous des caricatures politiques, ne défendant qu'une seule idée/ligne et montrés comme incapable d'assumer la fonction. Il y a toujours des candidats improbables lors de toute élection (et le Japon en est particulièrement riche à chaque fois), mais on se trouve presque dans une situation où tous les candidats seraient improbables. Et comme nous n'avons pas d'idée politique, il n'y a pas vraiment de confrontation d'idées. Lors des "débats" d'idées qui ont lieu tout le long du jeu contre les autres prétendants, le concept n'est que de faire ressortir le côté ridicule/les contradictions de son adversaire et pif paf boum, on a gagné le débat. Jamais convaincre, toujours prouver que l'autre est juste pire. D'ailleurs, on ne gagne jamais vraiment l'élection, on élimine juste la concurrence : Forden est tué par Louis, que nous finissons nous-même par tuer à la fin. Les autres candidats soient se retirent d'eux-mêmes et/ou nous soutiennent, soient finissent par décider de soutenir Louis et on les force à se retirer en les battant. En étant le dernier candidat vivant et en lice à la fin, on en devient automatiquement le vainqueur.

La seule candidate de gauche, qui assume une lutte de classes. Dommage que son traitement soit ensuite de rendre ses idées ridicules.

Parmi les prétendants au trône, il y en a également deux qui m'intéressent particulièrement, parce que je trouve involontairement très révélateur des positions politiques assez conservatrices et bourgeoises d'Hashino. La première est Catherina. Personnage assez intéressant, puisque étant une Paripus, elle a aussi un passé sombre qui l'a forcé à se battre très jeune, ce qui a fini par en faire la meilleure chasseuse de primes du royaume. Déjà, son design m'énerve énormément parce que clairement sexualisée dans sa tenue et qui ne fait aucun sens pour quelqu'un passant de long moment à chasser les monstres à l'extérieur. Mais aussi parce que c'est le seul personnage féminin qui a le droit à un tel traitement ! Tous les autres personnages ont des tenues fonctionnelles liées à leurs métiers et/ou leurs origines et qui sont souvent plus classe ou en retenue, mais jamais sexy. On pourrait me rétorquer qu'il y a la tenue de scène de Junah, mais bah, c'est justement une tenue de scène. C'est LA chanteuse pop de ce monde, qui la porte lors de cérémonies mises en place et commandées par des hommes; c'est au final une représentation assez juste de comment les chanteuses populaires ont été et sont souvent sexualisés lors des concerts, où la plupart n'avaient souvent aucune décision dessus. Le reste du temps, elle porte une robe somme toute très classique. 

Politiquement, elle est aussi intéressante parce qu'étant une Paripus, la tribu ayant été victime d'expériences humaines et mis à l'écart dans la société, je le rappelle, sa volonté est un renversement du système. Comme le dit plusieurs fois, elle veut punir les riches et mieux répartir les richesses dans la société pour que les pauvres puissent mieux vivre. Elle aide notamment un groupe de voleurs qui détroussent des nobles et cherche à accompagner le plus possible les Paripus dans la misère, en les aidant notamment financièrement grâce aux primes qu'elle obtient. Sauf que bien évidemment, la violence, c'est mal. En effet, durant son lien social, elle apprend que les voleurs ont dérobé de l'argent à un riche gentil, et que ça, ce n'est vraiment pas bien. Se rendant compte que le vol ne paie pas, elle décide finalement d'arrêter les Paripus voleur qu'elle aidait jusque-là (et les remettre à la garde, ça ne s'invente pas) et décide à la fin de monter une école pour les éduquer et leur aider à trouver un travail et donc une vraie place dans la société capitaliste monarchique (et elle se retire donc de la course au trône, parce qu'il ne faudrait pas non plus qu'un de nos concurrents ait l'air de proposer des meilleures choses que nous) Ha, et tout les problèmes structurels de racisme et de classes qui les exclut de l'éducation et du travail de manière général et qui a amené à cette situation ? Elle compte sur nous pour les régler quand on sera au pouvoir. Celle-ci reste donc une parodie de véritable idée politique comme les autres concurrents, même si plus développé/plus progressiste parce que c'est un lien social et donc une alliée/une gentille. 

Mais il y a un prétendant que je trouve encore plus intéressant dans le rejet des idées politiques de gauche, c'est Julian. Julian est un Ishkia, donc plutôt dans les classes supérieures. On nous dit dans le jeu que celui-ci avait été élève à l'université de magie avant sa fermeture par l'église Sanctiste, donc c'est en prime un personnage éduqué. De manière intéressante, il est vendu au début comme quelqu'un ayant des idées révolutionnaires... qui le sont tellement que les gens ont du mal à le comprendre. Lors d'un dialogue, celui-ci nous offre le livre qu'il a écrit et qui permet donc de connaître ses idées politiques. Et c'est là, que ça devient extrêmement intéressant : parce que Julian est un écologiste animaliste, se battant pour le droit des animaux et la décroissance. Mais écrit par un mec de droite. Il est donc imbuvable et hautain, défendant la fin de consommation de viande carnée et son remplacement par de la nourriture produite magiquement (que le jeu dit impossible à faire immédiatement et qu'on verra bien dans 100 ans, mais n'expliquera jamais pourquoi), disant que le progrès va forcément entraîner la fin de l'humanité et qu'il faut donc cesser toute civilisation pour empêcher la fin du monde. Et bien évidemment, Will et Gallica trouveront stupide l'idée de toute action écologique et diront qu'on pourra régler ça bien plus tard (et tant pis si dans le monde réel de la réalité véritable, on risque un effondrement dans les décennies à venir) Je suis fatigue...

Un parfait exemple de comment la droite s'imagine que les écologistes pensent.

Depuis le début, on parle de ce qu'il y a dans le jeu, mais il est aussi intéressant de noter ce qui n'est pas présent. Hashino étant connu pour son homophobie (avec Kenji dans Persona 4 par exemple) et sa transphobie (les traitements d'Erica et Rin dans Catherine Full Body en exemple), je pense que je ne choquerais personne en disant qu'il n'y a aucun personnage homosexuel ou trans dans l'ensemble du jeu. Le jeu a supprimé en effet les romances comparées aux Persona précédents, mais il en a quand même gardé une, bien hétérosexuelle. On pourra d'ailleurs noter que celle-ci se fait avec Eupha, la compagnon la plus jeune du groupe, inexpérimentée dans le monde et sa connaissance de ce dernier et qui est la seule qui a le droit à une scène de bain où on la surprend (avec certes une tenue couvrante), donc pas non plus le stéréotype féminin le plus innocent qui soit. En-dehors de ça, vous pouvez regarder où vous voulez, toute déviance à la famille nucléaire hétérosexuelle et a la binarité de genre n'existe nulle part.

Ou presque. Parce qu'il y a un cas que je trouve particulièrement parlant et qui en dit beaucoup sans le vouloir, c'est celui de Zorba. En effet, Zorba est l'un des antagonistes du jeu. Sang-Mêlé entre un Clémar et un Mustari, il fait donc parti des personnes les plus discriminées de la société. Durant le jeu, on apprend que celui-ci était déjà instable psychologiquement plus jeune et que cela a empiré lorsqu'il a rejoint Louis après que celui-ci a reconnu son pouvoir. Zorba est un nécromancien, capable de ramener les morts en zombie et quelque chose qui est considéré extrêmement mal et tabou dans le monde d'Euchronie. À l'exception de Louis qui s'en sert comme d'un pion, tout le monde parle en mal de lui, tout le monde le considère mal. Des mots même des personnages du jeu, Zorba est un fanatique. Le personnage a une trajectoire tragique, parce qu'après sa défaite au début du jeu, celui-ci fusionnera avec un Humain (ce qui donnera un body horror marquant), et il finira par se donner la mort en se jetant du palais volant parce qu'incapable de nous empêcher d'aller stopper Louis dans son plan. C'est donc, en résumé, un personnage détesté dans le jeu, que le jeu nous invite également à détester de par ses actions (Celui-ci s'apprête notamment à massacrer toute la capitale avec le corps d'un Humain géant si on le stoppe pas dans la première partie du jeu. Et c'est lui qui vient tuer nos personnages dans les bad end si l'on ne termine pas les donjons en temps et en heure) et qui a l'existence la plus pathétique de tout le jeu.

Le problème là-dedans ? C'est que Zorba est un personnage extrêmement queer codé. C'est un homme, dont le design rentre dans la catégorie des bishonen. Il est donc grand, élancé, au teint pâle avec de longs cheveux bien peignés. Mais ce n'est pas tout. Celui-ci porte de nombreux bijoux, a des grands cils et met du fard à paupières. C'est le seul personnage masculin à porter des talons, il a une sorte de robe par-dessus son pantalon, un collier choker et une tenue en résille grande ouverte laissant voir tout son torse. Son design évoque clairement le style des hommes gay ou une tenue de drag. Même sa relation de fanatisme absolue envers Louis pourrait être lue comme une romance gay (à sens unique) En soi, Zorba rejoint ainsi la longue tradition des méchants queer codés, dont les exemples les plus connus sont notamment un grand nombre des méchants des films Disney7. Mais ce poncif d'associé l'homosexualité au mal reste une expression d'homophobie, et le faire uniquement sur ce personnage là, et qui plus est le personnage le plus négativement dépeint de tout le jeu, en fait une expression homophobe extrêmement véhémente, même si probablement involontaire (ou en tout cas, je l'espère, même si les représentations gays faites pour "l'humour" dans Persona 4 et 5 révélaient déjà une profonde homophobie chez Hashino)

Tout critique que je fais de la romance avec Eupha, j'étais bien évidemment complètement dedans et je ferais tout pour défendre cette adorable bébou !

Pour continuer sur des critiques moins politiques et un peu plus légère, j'ai aussi un paquet de trucs à redire vis-à-vis de l'univers, de l'histoire et de la mise en scène de cette dernière. Autant, je n'ai pas pu rentrer dans les détails dans la partie précédente pour cause de spoilers, autant, je compte bien me faire plaisir ici. Sur l'univers notamment, comme je l'ai légèrement abordé dans le précédent article, j'ai toujours un peu de mal avec le concept des monstres "normaux" du jeu. En effet, j'ai du mal à comprendre comment ceux-ci peuvent exister. Lors de l'aventure, on découvre que l'histoire se passe dans une réalité alternative à la nôtre où la magie a été découverte, naissant de notre anxiété. Cette magie a notamment permis la création des Dragons, des êtres de pur magie qui ont fini par ravager le monde. Cela est marqué notamment que lorsque ceux-ci meurent, ils ne laissent quasi rien de physique derrière eux (Et elle serait apparemment responsable de l'existence des fées aussi) En ce qui concerne les Humains, c'est littéralement ce que leur nom indique, à savoir des femmes et des hommes qui se sont fait consumés par leur magie et se sont ainsi transformé en monstre; même si cela révèle être plus une habitude de langage dans le jeu, puisque n'importe qui de n'importe quelle tribu peut se transformer ainsi. Mais du coup, les monstres, ils viennent d'où ? Les gobelins, les trents, les cyclopes et tout le bestiaire habituel des JRPG ? Sachant que ceux-ci ont une vrai existence physique dans le sens qu'ils laissent un corps derrière eux après leur décès. Et dans l'histoire qui nous est présentée, la société précédant l'effondrement était similaire à la nôtre, vu que le roi s'en est notamment inspiré pour son bouquin.

Au sujet de l'effondrement et de la société passée qui est en réalité la nôtre, j'aurais également un petit coup de gueule strictement personnel : j'en ai, absolument, complètement, marre de ce trope. Je comprends l'idée, celle-ci existe depuis très longtemps avec notamment le mythe de l’Atlantide et de civilisations passées bien plus avancées. C'est un trope à la base très répandu dans le JRPG, comme on l'a vu avec la civilisation Sindar dans la saga Suikoden par exemple. Mais cela fait maintenant quelques années que l'on retrouve de plus en plus un détournement de ce trope dans plein d’œuvres de fiction (jeu vidéo, manga, bd, roman, film, etc...) pour que ça ne soit plus une société mystérieuse qui se soit effondrée, mais juste, la nôtre. Et autant, ce n'est pas forcément une mauvaise idée en soi et ça fait un chouette retournement de situation la première fois que l'on voit ça. Autant, j'avoue que je commence à saturer de cette idée et que ça me fait juste souffler très fort lorsque cela arrive. Et c'est exactement ce qui s'est passé lors de la révélation de ce plot-twist dans Metaphor.

Et à ce sujet d'ailleurs, le bouquin du roi, parlons s'en. Une des idées tissée tout du long du jeu est la présentation d'une utopie dans un livre que possède notre personnage principal et que l'on lit tout au long du jeu (livre qui a été victime d'un autodafé par la religion Sanctiste avant le début du jeu, comme montré dans la cinématique d'introduction) On sourit d'abord à la présentation de cette sorte de société japonaise un peu idéalisée (je pense que les étrangers ayant déjà vécu au Japon ont du beaucoup rire sur la partie disant que le racisme n'existe pas) avant qu'il n'y ait justement ce plot-twist qui nous révèle que le Japon existe vraiment dans cet univers et que Euchronie n'est que la société ayant existé après. Ainsi, le statut du bouquin n'est jamais vraiment clair, parce qu'on ne sait jamais si le roi a juste retranscrit les informations qu'il avait sur la société passée ou s'il s'en est juste inspiré pour aller plus loin et proposer un projet de société (vu qu'il a écrit le bouquin dans sa jeunesse) Doute persistant avec notamment ce moment où le roi tente de convaincre notre héros que le jeu, n'est qu'un jeu, et que le Japon est la réalité (moment très chelou parce que ne fonctionnant vraiment pas pour le coup ?) Et le bouquin est d'autant plus important qu'il guide notre héros en terme d'idéal, jusqu'à quasi la fin où il décide soudainement, de manière un peu étrange, qu'une société égalitaire comme ça n'est pas possible et qu'il faut arrêter de rêver. Et Louis possède aussi un exemplaire du roman, que l'on voit le lire dans le jeu et qui semble l'inspirer aussi, mais je n'ai jamais réussi à comprendre ce qu'il est censé y trouver dedans (vis-à-vis de ses idées et de la société qu'il projette de construire)

Je fais également juste un passage rapide sur la mise en scène pour râler un coup, mais putain, la mise en scène, putain. Il y a vraiment, dans Metaphor: ReFantazio, un problème avec la mise en scène et le scénario dans un paquet de moments. Si celle-ci passe plutôt bien en général, il y a vraiment des scènes où j'avais l'impression de jouer à un jeu qui date des années 2000, voir pire. Notamment, lors du jeu, il y a DEUX fois où un ennemi se trouve juste devant nos personnages et nous laisse tranquillement discuter au lieu de, je sais pas, nous attaquer ou nous tuer ? Le dragon dans le temple et Louis sur la scène de l'opéra. Vraiment, à chaque fois, ça me sortait du jeu, c'était un enfer. Si ça avait été encore un monologue, j'aurais pu me dire que c'est interne au personnage et que ça peut passer. Mais non. Les personnages discutent entre eux et échangent, pendant que notre ennemi attend bien sagement que ça soit fini. Ennemi qui à chaque fois nous a attaqués sans sommation juste avant et nous a bien pourris. Et le pire, c'est que je sais très bien pourquoi ils font ça : c'est pour avoir des moments cools et marquants qui mettent en avant un personnage qui se révèle. Mais à trop vouloir en faire, ça en devient juste ridicule et stupide. Et dans le genre pour vouloir faire un twist, la non-mort de Louis, c'est quelque chose aussi. Le mec, on le transperce avec une lance géante, on le tabasse en groupe sur le toit, Will le plante dans le dos, il fait une chute d'au moins 4 ou 5 étages et il. N'est. Pas. Mort. Toute cette scène est un non-sens total.

Ce moment où j'ai eu envie de m'ouvrir les veines devant tant de nullité de mise en scène...

Il y aurait énormément à dire sur Louis. Je sais que des gens l'ont bien apprécié, mais j'avoue que je n'ai jamais réussi à accrocher au personnage. Il est censé être notre rival absolu dans l'histoire et notre opposé tout du long. Comme nous, il a un groupe composé de races différentes, mais là où notre groupe grandit, le sien diminue constamment. Comme nous, il est un Elda et a été marqué par le massacre de la tribu. Comme nous, il est fan du livre sur l'utopie et le garde près de lui. Son design a été fait pour être majestueux et puissant et en donner un max. Et pourtant, je ne sais pas pourquoi, ça ne marche pas. Je ne l'ai jamais trouvé charismatique, jamais trouvé intéressant, jamais trouvé juste dans ce qu'il défend et pourquoi. Même ses justifications à la fin ou la société qu'il veut faire, j'ai vraiment du mal à comprendre quelle est la logique derrière. Mais aussi parce qu'il y a d'énormes ratés sur la mise en scène de ce personnage. Outre la scène de sa non-mort que j'ai évoquée juste au-dessus, il y a notamment le cliché dans sa personnalité de l'antagoniste qui veut un combat juste où il donne tout. Et à cause de ça, une scène toute particulière est ruinée.

En effet, lors du combat final dans le Palais Royal flottant, au moment où on va pour l'affronter, le jeu tente un ultime twist et moment cool en disant "Haha, regardez, moi aussi, je possède le pouvoir des Archétypes." Sauf que cette scène, bah, elle rentre en conflit avec le combat sur le toit de l'opéra. En effet, celui-ci est censé s'être jeté avec tout ses pouvoirs contre nous dans un combat à mort, et même s'il était affaibli par le coup de la lance, rien ne justifie qu'il n'utilise pas, bah, tout ses pouvoirs justement. Sachant qu'il est le premier à dire que c'est un miracle qu'il a survécu là et qu'il s'attendait vraiment à mourir. Alors pourquoi est-ce qu'il n'a pas utilisé son pouvoir d'Archétype contre nous à ce moment-là ?! Et le pire, c'est que je sais exactement pourquoi ils essayent de mettre le plot-twist du méchant qui a le même pouvoir que nous. La raison, elle est très simple : c'est Persona 5 Royal. À la fin de Persona 5 Royal, dans le dernier chapitre rajouté dans cette édition, on se trouve face à Maruki, qui révèle de l'exacte même manière qu'il possède une Persona et qui s'en sert contre nous. Pourquoi est-ce que ça marchait dans Royal ? Tout simplement parce qu'on n'affrontait jamais Maruki avant ce moment-là et que c'était un personnage qui cherchait à régler les conflits par le dialogue. Et que c'est uniquement parce que, acculé par notre refus d'accepter son monde, qu'il était contraint de se battre et donc de révéler son pouvoir de Persona. Et c'était fort, et ça marchait de ouf ! Et dans Metaphor ? Bah, c'est juste tiédasse et illogique avec ce qui s'est passé durant le jeu (Et non, Louis n'a pas découvert ce pouvoir après la scène de l'opéra, il nous a déjà vu utilisés les Archétypes auparavant et il n'y a aucune raison qu'il ne pouvait pas s'en servir plus tôt)

Bon, et bien évidemment, il devient une espèce de dieu qu'on tue comme dans la fin de Persona 5 avec un Archétype géant.

Bon. Je pense avoir à peu près fait le tour de tout ce que j'avais envie de parler concernant Metaphor: ReFantazio. Il y aurait bien d'autres détails sur lesquels se plaindre (Comme par exemple le fait que ça soit Strohl qui est le stratégiste du groupe et qu'on a en vérité jamais trop de véritable plan, si ce n'est la tentative d'assassinat dans l'opéra; ou encore que le fait de donner son nom au début du jeu ne sert en vérité à strictement rien si ce n'est pour une scène; ou encore que notre personnage survit à un trou dans le bide; ou encore que tout le groupe survit magiquement à des chutes mortelles et à un assaut monstrueux d'Humains, etc etc etc....), mais j'ai pu parler de tout ce qui était à minima important, aussi bien dans la forme du jeu, que dans son exécution ou dans ses messages. Comme dit plus haut, je suis très curieux d'avoir des retours dessus, savoir ce que vous en pensez et si je me plante complètement dans mes analyses critiques (ou pas)

Je tiens quand même à (re)préciser que j'ai beaucoup apprécié le jeu, qui a énormément de qualités, et que j'attends toujours une version plus complète comme on a eu pour les Persona, ou une suite directement. Sur ce, je retourne écouter l'OST une millième fois, et vous souhaite une excellente journée/soirée. Merci d'avoir pris le temps de me lire.

J'adore cet écran de passage des jours, je le trouve vraiment apaisant.

 

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1 - À ce sujet, je peux vous recommandez la très bonne vidéo d'Ache dessus : https://www.youtube.com/watch?v=Tx0KMojqTIk

2 - Si le sujet vous intéresse, je ne peux que vous recommandez l'excellent "Un monde en nègre et blanc" d'Aurélia Michel, qui traite de cette question-là en faisant une analyse historique complète de l'esclavage, de l'antiquité jusqu'à cette situation très particulière qu'on appelle aujourd'hui la traite négrière et qui a été à l'origine du Capitalisme et du Racisme de par le Colonialisme.

3 - Le vidéaste Shaun a réalisé une très longue vidéo (en anglais uniquement, désolé à mes lecteurs que francophone) où il revient sur les problèmes au sein de l'univers Harry Potter et traite spécifiquement de la question des gobelins, en l'opposant de prime à la manière dont le même sujet a été traité par Terry Pratchett : https://www.youtube.com/watch?v=-1iaJWSwUZs

4 - Je ne donnerais qu'un exemple ici, mais la chercheuse Mary. Rambaran-Olm réagit notamment aux propos de Yoshida dans cet article : https://www.gamekyo.com/blog_article466739.html

5 - C'est notamment très bien abordé dans l'essai politique "Sorcières" de Mona Chollet.

6 - Lindsay Ellis analyse très bien ce changement dans sa vidéo critique (en anglais) sur Game of Thrones et ses dernières saisons : https://www.youtube.com/watch?v=BGr0NRx3TKU

7 - Matt Baume explique très bien le concept des méchants queer codé chez Disney, de leur origine et du pourquoi, mais aussi l’ambiguïté qui entoure ces personnages, dans cette vidéo (encore une fois en anglais) : https://www.youtube.com/watch?v=GsWpUSEKSbk

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